[Covid-19] Double Interview : Patrick Legouix et Cédric Cheminaud, organisateurs de concerts et membres du CA du Polca

Pour débuter cette série spéciale d’interviews en rapport avec l’épidémie de Covid-19 et ses conséquences, nous avons choisi  Patrick Legouix – président du Polca et directeur de l’assocation Musiques sur la Ville et Cédric Cheminaud – vice président du Polca et directeur de la Cartonnerie et du festival La Magnifique Society.

Sur quels axes le réseau est-il actif aujourd’hui au sujet des conséquences de l’épidémie du Covid-19 ?

Patrick : Les 3 salariés du POLCA (coordinateurs de la coopération, de la structuration et de la prévention) restent en activité – essentiellement en télétravail – au service des adhérents du POLCA, et au-delà des acteurs de la filière musiques actuelles. Seuls les déplacements sur notre territoire sont actuellement compromis mais,

compte tenu des distances, il y a longtemps que le réseau utilise les moyens de la visio

ou de l’audio conférence. Par leur mission de veille en relation avec les différents organismes publics, syndicats et réseaux nationaux, ils ont pour fonction de vous tenir régulièrement informés des dispositions à mettre en œuvre, et des dispositifs de soutien qui seraient développés. Nous allons publier très prochainement un questionnaire permettant à chacun sur son territoire de dresser un état de sa situation, formuler les solutions adoptées, et questionner le réseau sur les difficultés rencontrées ou tout autre point sensible. Ce relevé de terrain permettra à notre échelle la mise en place d’actions de coordination et de solidarité entre acteurs et par remontée d’information d’alimenter la réflexion et la revendication du secteur au plan national.

Cédric : Pas mieux !

En tant qu’organisateurs de concerts, comment vivez-vous cette mise à l’arrêt, complète ou partielle, de vos activités ?

P. : Nous avons dû annuler dans un premier temps toutes les manifestations programmées en cette seconde moitié de mars et dans le mois d’avril. L’édition 2020 du Printemps du Jazz (une trentaine de rendez-vous publics) devrait être reportée en… octobre, ce qui nous permet d’offrir aux artistes et aux équipes techniques, comme à nos partenaires, une opportunité de conserver ce volume d’activités en 2020. Nous continuons à travailler sur nos manifestations de mai et juin-juillet (Résidences, Musiques d’Ici et d’Ailleurs / MIA3J) mais, au fil des événements nous adapterons le programme aux possibilités qui nous seront offertes d’agir dans l’espace public. Cependant, le flux relationnel avec les agents, tourneurs et producteurs s’est considérablement ralenti, ces derniers n’ayant vraisemblablement aucune visibilité sur le maintien des tournées, notamment internationales. Quand bien même nous pourrions jouer, nous ne savons pas ce qui tiendra encore de la programmation engagée dans quelques semaines, à plus fortes raisons dans quelques mois.

C. :  C’est toujours symbolique la fermeture d’un lieu culturel donc, c’est avec beaucoup de tristesse que nous avons annulé pour les 2 mois à venir l’ensemble de nos activités : concerts, actions culturelles, formations, résidences.

Mais en même temps nous avons pris cette décision très vite, avant même les mesures gouvernementales, parce qu’il nous semblait essentiel de prendre nos responsabilités face à la propagation du virus et pour la sécurité de nos équipes et des publics.

Maintenant nous gérons cette période de deux manières :

  • l’organisation des reports, annulations, remboursements et télétravail.
  • L’organisation du festival La Magnifique Society qui devrait se tenir fin juin si la situation est revenue à la normale.

Est-ce que ce sentiment est partagé par les autres diffuseurs et professionnels de la filière avec qui vous êtes en contact ?

P. : La situation de ces structures de diffusion du spectacle est particulièrement préoccupante, comme celle des lieux qui dépendent majoritairement des recettes, aujourd’hui fermés pour une durée indéterminée. Il en va de la pérennité des emplois, et plus largement de la capacité d’agir. Le POLCA, relai des structures de concertation inter-régionale et nationale participe de la réflexion pour l’élaboration d’une plate-forme de soutien à la filière et la mise en œuvre de mesures gouvernementales préservatrices.

C. : Il y a une bonne collaboration de l’ensemble de la filière pour gérer cette crise et surtout les impacts qu’elle va avoir et que l’on ne mesure pas encore clairement. Il y a beaucoup d’échanges, de discussions et de prises de parole collectives.

Quelles sont les réactions des producteurs de spectacles avec qui vous travaillez ?

P. : Nous sommes tous victimes d’une crise inédite dans l’histoire récente. Cet état objectif d’équité devant la difficulté participe d’une certaine prise de conscience d’une responsabilité individuelle comme de la nécessité impérieuse d’une solidarité collective. J’ai le sentiment que pour le moment chacun semble travailler dans le sens de la préservation d’une certaine qualité relationnelle et de la recherche de la meilleure posture de sortie de crise.

C. : Je dirais que le secteur des musiques actuelles a malheureusement l’expérience de ce genre de crise. Nous avons subi tous ensemble les attentats de 2015. Et je pense que cela nous amène assez vite à avoir un discours cohérent et de travailler ensemble, quelque soit le niveau où l’on se situe, à la préservation de nos activités.

Quels échanges avez-vous avec les artistes et le personnel technique qui bénéficient du statut d’intermittents du spectacle ?

P. : Nous nous attachons à leur assurer les meilleures garanties de reprise d’activité lorsque cela sera possible, en travaillant au report d’un maximum de volume de travail. Au-delà, nous nous sommes mis à leur disposition pour leur délivrer les documents qui leur seront nécessaires lorsque les mesures gouvernementales auront été prises pour la préservation de leur statut.

C. : Comme pour le reste de la filière, nous essayons d’organiser les choses pour soutenir un maximum de monde. Nous cherchons au maximum à reporter les concerts ou les ateliers. Nous assurerons l’intégralité des rémunérations pour les dates déjà confirmées. Et en tant que structure importante sur le territoire nous nous faisons le porte-parole à l’échelon national de la situation de chacun ici, à travers nos réseaux professionnels comme la Fédélima ou le SMA.

Quel suivi le réseau peut-il envisager pour accompagner les adhérents dans les prochaines semaines ?

P. : Dans un premier temps, être très réactif sur la veille institutionnelle et l’information, et assurer les remontées de terrain que chacun des adhérents se doit d’alimenter, dans l’intérêt de tous.

Et sur la base de ces retours d’expérience, favoriser les échanges entre adhérents.

C. :  J’ajouterai qu’il peut également jouer un rôle de coordination. Lorsque l’activité va reprendre, un maximum d’événements ayant été reportés, cela va générer une suractivité dans une période très restreinte. Le réseau peut être là pour diffuser rapidement les infos, les dates et mettre en relation les acteurs.

P. : Show must go on…


Ce contenu est partagé dans le cadre de la collaboration entre musiquesactuelles.net et le Polca – Pôle Musiques Actuelles.

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