Artistes : Bruit Fantôme

Cela faisait quelques temps que nous n’avions pas de nouvelles du rémois Bruit Fantôme. C’était pour mieux préparer sa nouvelle livraison, distribuée par le label rennais Tripalium Corp, au titre à la fois gentiment racoleur et intriguant : “Robert Smith”. Malgré cette référence au chanteur anglais, il ne s’agit ici pas de proposer de la coldwave ! Le résultat est plutôt un EP avec 7 titres d’électro sombre qui en réfère aux pointures de la musique électronique exigeante des 30 dernières années. Mais le mieux est encore de demander à l’artiste ce qui l’a guidé, ou pas, dans ses nouvelles créations.

 

Quel est le concept de cette sortie avec un titre, « Robert Smith », à la fois accrocheur et déroutant ?

BF : L’idée initiale me trotte dans la tête depuis un petit moment : ”mon prochain album sera sur une cassette et il s’appellera Robert Smith”.  C’était vraiment une idée comme ça, je n’avais pas le début d’un morceau à l’époque, ni de direction pour les prochaines compos.  Quand les premiers morceaux sont apparus, j’ai gardé l’idée et c’est devenu le liant de la dizaine de morceaux du projet. Finalement, le choix s’est porté sur 7 d’entre eux. Et puis c’est bien sûr un clin d’œil au leader de The Cure, groupe dont la musique m’accompagne depuis des années.

Comment s’est passé la collaboration avec le label Tripalium Corp ?

BF : Très simplement.  Quand j’ai finalisé l’album, je comptais le sortir tout seul en autoproduction, en DIY. Et puis, j’ai quand même envoyé quelques démos à droite et à gauche, pour voir. C’était en octobre 2019. Benjamin de Tripalium a accroché et m’a proposé d’intégrer le label Digital Mutant Series de Tripalium pour cette release. C’était parfait et idéal car ça combine une sortie digitale et une sortie sur cassette. Alignement des planètes. Je suis très heureux que l’album ait intégré la belle maison Tripalium.

 

Ta dernière sortie, « The Island », date de 2016. Comment se passe les phases de création entre 2 sorties ?

BF : Il n’y a absolument rien de planifié. Je me mets aux machines quand j’en ai envie et dès que j’ai une idée. Quand je termine un morceau, je le laisse “dormir” quelques jours, semaines ou mois et quand je le réécoute il faut que ça soit cool, que ça sonne, sinon c’est poubelle. Mais depuis 2016, j’ai développé deux autres projets musicaux : Transistor Galaxii et Musique d’Ambiance. Il y a eu cinq EP / LP de Musique d’Ambiance. Et pour Transistor Galaxii, un album est sorti chez Highlife et quelques EP ou tracks à droite et à gauche qui ont eu de bons retours. Finalement, entre 2016 et 2020, j’ai proposé pas mal de morceaux !

 

Tu te produis rarement en live, et la période est peu propice de toute façon… Comment travailles-tu la visibilité de Bruit Fantôme et de ta musique ?

BF : C’est un de mes grands regrets pour cette sortie ! J’aurais adoré proposer une version live de “Robert Smith”, au moins une release party… Je ne désespère pas. Ce sera peut-être en 2021 si on m’en donne l’occasion, mais là, en effet, le contexte ne s’y prête pas des masses… C’est dommage, cet album est certainement celui qui se prêtait le plus à une exploitation en live. Pour la ”visibilité” du projet, je n’y pense pas vraiment à vrai dire. Je ne ressens pas le besoin “d’exister” coûte que coûte sur la scène. Je suis un modeste artisan de l’électronique française.

 

Tu restes attentif aux supports visiblement. Aussi bien pour tes sorties que pour tes achats ?

BF : Je n’ai pas de chapelle du genre “vinyles only” ou “le mp3, c’est trop nul”.  Je ne suis pas très matérialiste avec la musique. J’écoute la plupart du temps de la musique via Bandcamp, des chaines YouTube, des webradios, mais aussi sur vinyle et un peu sur cassette et CD. Pour cette release, je suis vraiment content que ça soit uniquement sur cassette et digital. La bande analogique apporte une couleur vraiment intéressante pour les morceaux, même si objectivement il n’y a que moi pour entendre la différence.

 

Il y a un regain d’intérêt du public et d’artistes plus jeunes pour une musique électronique plus proche de ses racines. Est-ce que tu as des liens avec cette nouvelle scène ?

BF : Je pense qu’il y a toujours eu des “jeunes” plus attentifs que d’autres à une musique électronique ancrée dans une continuité culturelle et historique, marquée par l’héritage de Detroit ou de l’IDM (ndr : Intelligent Dance Music) des 90’s par exemple. Je ne dis pas que c’était mieux avant. Ça n’a pas de sens. Les musiques électroniques évoluent tout le temps. C’est passionnant, enfin pas tout le temps non plus… À Reims, je pense par exemple au collectif Inner Corner qui a beaucoup fait pour ça. Et il y a aussi, bien sûr, La Forge qui assure cet ancrage et cet amour de la musique électronique pour ce qu’elle est, a été et sera. Je les aime fort, les respecte et en plus ils sont très talentueux. Leurs soirées me manquent, même si quand j’y suis, j’ai parfois l’impression de faire augmenter la moyenne d’âge rien que par ma présence !

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